Il y a de fortes chances que la fin d’année vous ait poussé à faire le point sur certaines de vos résolutions du Nouvel An pour 2024.
Peut-être que vous aussi, comme nous, vous avez acheté en janvier un vélo de spinning ou un rameur pour la maison. Et sans doute qu’en mars, vous vous êtes rendu compte que vous l’utilisiez bien moins que prévu. Puis, très probablement, en juin, l’appareil a fini par disparaître sous une pile de vêtements.
Vous n’êtes pas un cas isolé. Un récent sondage Gallup indique que sept adultes sur dix envisagent de se fixer des objectifs pour l’année suivante. D’après Statista, les plus fréquents concernent la santé (activité physique et alimentation), devant l’épargne. C’est aussi pour cela que les ventes d’équipements de sport culminent en janvier.
Mais les études montrent qu’un quart d’entre nous abandonne ses résolutions du Nouvel An au bout d’à peine une semaine, et que plus de la moitié renonce dans les six mois. Après deux ans, seuls 20% tiennent réellement leurs engagements.
Alors, pourquoi continuons-nous à prendre des résolutions - souvent au prix de dépenses non négligeables - alors même que nous les rompons régulièrement, et que faire pour persévérer ? Comment « sauver » votre vélo de spinning ? Des résultats récents en science du comportement apportent des éléments de réponse.
Pourquoi nous essayons, et pourquoi nous échouons
Si vous avez acheté un vélo de spinning, c’est simplement parce que vous êtes humain.
Les autres animaux ne font pas d’exercice. Beaucoup poursuivent des objectifs (chasser ou fuir), mais seuls les humains savent s’engager dans une démarche d’amélioration de soi afin d’atteindre plus facilement des objectifs à l’avenir. L’exercice en est une illustration.
Le psychologue Abraham Maslow a placé la réalisation de soi - le fait d’accomplir son potentiel - au sommet de sa célèbre pyramide des besoins. Vous aspirez à devenir la version la plus en forme de vous-même. C’est tout à fait naturel.
Le souci, c’est que s’entraîner régulièrement exige une dose de volonté et de discipline qui dépasse la plupart d’entre nous. Surtout quand il faut choisir entre un canapé confortable et un vélo de spinning. L’esprit peut être motivé, mais le corps, lui, flanche. Faire du sport donne l’impression que c’est difficile.
C’est lié au fait que notre cerveau s’est façonné à l’âge de pierre, à une époque où, pour survivre, il était utile de se reposer dès que l’occasion se présentait. Avec une nourriture rare, nos ancêtres devaient économiser leur énergie en prévision de la prochaine chasse ou de la prochaine fuite.
La même logique vaut pour d’autres travers, comme les crises d’hyperphagie ou la surconsommation d’aliments très sucrés. Sauf qu’aujourd’hui, dans un monde moderne, ces comportements deviennent souvent contre-productifs : nous absorbons bien plus d’énergie que nous n’en dépensons.
Autorégulation
Pourtant, votre vélo est aussi un symbole d’espoir. Même si notre psychologie est parfois en décalage avec la vie moderne, nous disposons d’un atout majeur : la capacité d’autorégulation. Quand nous sommes au meilleur de nous-mêmes, nous savons résister aux tentations du quotidien et avancer vers des objectifs de plus long terme.
La recherche en psychologie a mis en évidence deux ingrédients essentiels (en plus du fait de se fixer des objectifs) : surveiller son comportement afin de repérer les écarts, puis les corriger dès qu’ils sont détectés.
Jusqu’ici, vous cochez déjà deux cases sur trois : vous vous êtes engagé en achetant le vélo, et vous avez constaté que vous n’aviez pas respecté votre engagement. Il reste maintenant à travailler la correction.
Se donner un « nudge »
Les maîtres zen transforment la faiblesse en force. Vous pouvez vous aussi tirer parti des failles psychologiques héritées de notre évolution. On parle alors d’auto-incitation (ou self-nudging) : modifier ses propres choix pour rendre plus probables les décisions qui vous sont bénéfiques.
Un exemple bien connu est la "sunk cost fallacy", c’est-à-dire notre tendance à fonder nos décisions sur des dépenses passées irrécupérables.
Et c’est là que le vélo de spinning retrouve tout son sens : puisque l’achat est déjà fait, vous pourriez être plus motivé à monter sur votre propre vélo qu’à aller à la salle. Un abonnement se résilie facilement, alors que le vélo, lui, est déjà payé.
Vous pouvez aussi aller plus loin et appliquer à vous-même les outils utilisés par les unités gouvernementales d’« insights comportementaux ». Par exemple, les décideurs publics s’appuient sur le cadre EAST pour rendre les comportements souhaités faciles, attractifs, sociaux et opportuns.
Un vélo de spinning à domicile est plus simple d’accès que d’enfiler vos plus beaux lululemons, préparer vos affaires, prendre la voiture, rejoindre la salle et trouver une place où vous garer.
C’est également opportun : vous pouvez utiliser votre vélo de spinning à la maison quand cela vous arrange, sans faire la queue pour les casiers, les machines et les douches.
Pourquoi ne pas le rendre attractif aussi ? Beaucoup de personnes qui s’entraînent chez elles ajoutent une petite « récompense » pour faire passer la pilule. Chez nous, le vélo de spinning est installé en permanence face à la télévision grand écran. Les chercheurs en science du comportement appellent cela le temptation bundling.
Vous pouvez enfin rendre l’expérience sociale. C’est tout le phénomène Peloton : des instructeurs, des classements, et des interactions avec la communauté de pratiquants.
Tourner la page
Faut-il donc retenter sa chance en 2025 ? Oui.
Le début d’année constitue une occasion naturelle de progresser, grâce à l’effet de nouveau départ. Des psychologues ont montré que les événements qui marquent le passage du temps (anniversaires, vacances, nouvel an) aident les gens à reléguer mentalement leurs échecs au passé et à repartir sur de nouvelles bases. La stratégie peut sembler étrange, mais elle fonctionne.
La leçon, c’est que la fin d’année offre un excellent moment pour enclencher des changements nécessaires. Mais cela ne suffit pas : il vous faut aussi quelques stratégies simples pour réussir à vous y tenir.
Swee-Hoon Chuah, professeure d’économie comportementale, Tasmanian Behavioural Lab, University of Tasmania et Robert Hoffmann, professeur d’économie, Tasmanian Behavioural Lab, University of Tasmania
Cet article est republié depuis The Conversation sous licence Creative Commons. Lisez l’article original.
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