Aller au contenu

Gènes, IMC et pression artérielle : un lien direct avec la démence vasculaire

Un médecin montre un modèle de cerveau à un patient pendant une prise de tension artérielle.

Porter un excès de poids est souvent présenté comme un facteur de risque de maladie cardiaque ou de diabète, mais un ensemble de données de plus en plus solide suggère qu’il pourrait aussi influencer la santé du cerveau plusieurs décennies plus tard.

Une nouvelle étude génétique indique qu’une prédisposition, tout au long de la vie, à un poids corporel plus élevé peut augmenter directement le risque de démence liée à des lésions des vaisseaux sanguins cérébraux.

Ces travaux mettent également en avant la pression artérielle comme mécanisme central reliant des habitudes de santé courantes à un déclin de la mémoire à long terme.

Les gènes relient poids et démence

Dans de vastes bases de population où les mesures de santé au cours de la vie sont associées à des diagnostics de démence, le signal ressort surtout pour les formes de déclin cognitif dont l’origine est vasculaire.

En suivant des profils génétiques en parallèle des issues cliniques, la Dre Liv Tybjærg Nordestgaard de l’Université de Bristol a montré qu’un poids corporel plus élevé d’origine héréditaire précède de façon constante ces cas de démence.

Cette tendance a été observée dans différents pays et tranches d’âge, ce qui suggère une relation stable, présente bien avant l’apparition des symptômes ou l’établissement d’un diagnostic.

Cette stabilité déplace la question : il ne s’agit plus seulement de savoir si le poids et la démence sont associés, mais de comprendre par quels mécanismes le risque se transmet du corps au cerveau.

Le rôle de la pression artérielle

Un excès de masse grasse tend à faire monter la pression artérielle, et une pression élevée peut user les parois des artères pendant des décennies.

En obligeant le cœur à travailler davantage et en favorisant la rétention de liquide, la prise de poids augmente la force exercée à l’intérieur de ces vaisseaux.

Avec le temps, cette contrainte rigidifie les grosses artères et abîme les petits vaisseaux qui irriguent les structures profondes du cerveau. Agir plus tôt pour faire baisser la pression pourrait aider à rompre cette chaîne, même si les bénéfices ne se verraient probablement qu’après plusieurs années plutôt qu’immédiatement.

Les atteintes des vaisseaux sanguins cérébraux peuvent finir par déclencher une démence d’origine vasculaire, un ensemble d’affections associées à une diminution du flux sanguin vers le cerveau.

Quand la circulation baisse, les neurones reçoivent moins d’oxygène et de nutriments, et des dommages répétés peuvent, progressivement, altérer des fonctions comme la planification et l’attention.

En pratique, les cliniciens classent souvent les dossiers comme « vasculaires » ou « non spécifiés », car les symptômes se recoupent fréquemment et de nombreux cerveaux présentent plusieurs types de lésions.

Cette zone grise complique la prévention, tout en renforçant l’intérêt du contrôle de la pression artérielle comme cible concrète pour plusieurs catégories de démence.

Le poids au milieu de la vie compte

Le poids au milieu de la vie et la pression artérielle prédisent souvent mieux le risque ultérieur de démence que des mesures prises après 70 ans.

Comme les lésions vasculaires peuvent commencer bien plus tôt, les stratégies préventives doivent intervenir avant que des troubles de mémoire n’apparaissent dans la vie quotidienne.

Les chercheurs ont aussi observé que, chez certaines personnes, une perte de poids tardive survient avant le diagnostic, ce qui peut donner l’impression, dans certaines analyses menées chez les personnes âgées, d’une relation inversée.

L’approche génétique a été importante notamment parce qu’elle contourne les variations de poids qui apparaissent après l’installation d’une maladie, ce qui aide à résoudre ce problème de temporalité.

Ce que signifient les chiffres

Dans l’analyse génétique, une hausse typique de l’IMC (indice de masse corporelle), indicateur poids/taille utilisé en consultation, augmentait d’environ 60 % la probabilité de démence d’origine vasculaire.

Cette variation correspondait à environ quatre à cinq points d’IMC, soit un écart capable de faire passer une valeur limite à une valeur clairement élevée.

La pression artérielle expliquait une part importante de cette association, les valeurs de pression systolique (le chiffre du haut) et diastolique (le chiffre du bas) représentant respectivement environ un cinquième et un quart du lien.

Une incertitude persistait toutefois sur les pourcentages exacts, raison pour laquelle l’équipe a présenté ces estimations comme des repères plutôt que comme une promesse.

L’ADN renforce les preuves

Au lieu de s’appuyer sur de simples corrélations, l’équipe a exploité des variants génétiques présents dès la naissance, bien avant l’émergence de tout symptôme.

Cette méthode, appelée randomisation mendélienne, fonctionne comme un « essai naturel » chez l’être humain : elle suit la manière dont des traits hérités influencent, au fil du temps, le risque de maladie.

Lorsque les gènes conduisaient à un IMC plus élevé, le risque de démence augmentait aussi, et l’effet persistait même après prise en compte du cholestérol et de la glycémie.

Même si la génétique ne remplace pas les essais cliniques, elle peut aider à repérer les leviers de prévention les plus susceptibles de fonctionner.

Limites de l’étude

Plusieurs limites demeurent malgré tout. La majorité des participants étaient issus de populations d’ascendance européenne, ce qui signifie que les mêmes signaux génétiques pourraient ne pas se généraliser de manière identique à l’échelle mondiale.

Par ailleurs, l’IMC regroupe masse grasse et masse musculaire dans un seul chiffre, ce qui rend difficile l’identification précise des changements corporels qui portent le risque.

Enfin, les diagnostics de démence consignés dans les dossiers médicaux réunissent souvent des affections qui se recouvrent - par exemple des lésions liées à un AVC et la maladie d’Alzheimer - si bien qu’il est parfois ardu de distinguer nettement les cas.

Dans l’ensemble, ces résultats désignent la pression artérielle comme voie majeure reliant le poids corporel à la démence d’origine vasculaire, même si le risque précis peut encore varier d’une personne à l’autre.

Gérer le poids en pratique

Le contrôle de la pression artérielle est déjà un pilier de la médecine de premier recours, avec des traitements et des ajustements du mode de vie visant à faire baisser les valeurs dans la durée.

Dans un grand essai, un traitement intensif de l’hypertension a réduit le trouble cognitif léger, alors que les résultats sur la démence sont restés incertains pendant le suivi.

Les consultations peuvent aussi aborder la gestion du poids plus tôt, car une perte de poids après le début des symptômes pourrait survenir trop tard pour éviter les dommages vasculaires.

Un meilleur contrôle de la pression s’accompagne, en outre, d’autres bénéfices, dont une baisse du risque d’AVC, de sorte que l’intérêt pour le cerveau ne serait pas le seul avantage.

Prochaines étapes : essais et prévention

Les essais à venir devront démarrer plus tôt, en suivant l’évolution du poids et de la pression artérielle dès le milieu de la vie, puis en observant les participants sur de nombreuses années.

L’enjeu est considérable : un rapport mondial de l’Organisation mondiale de la Santé estime que près de 50 millions de personnes vivent actuellement avec une démence, un total qui pourrait tripler d’ici 2050.

« Notre étude met en évidence le potentiel de réduction du risque de démence d’origine vasculaire en s’attaquant à un IMC élevé et/ou à une pression artérielle élevée dans la population », a déclaré Nordestgaard.

Dans le même temps, les stratégies de prévention doivent équilibrer les bénéfices et la sécurité, car un poids corporel ou une pression artérielle trop bas peuvent aussi comporter des risques.

Ces résultats génétiques apportent une cible de prévention plus nette, en reliant l’IMC à une trajectoire de démence liée aux vaisseaux, tout en identifiant la pression artérielle comme passerelle principale.

Seul un suivi au long cours, associé à des essais d’intervention soigneusement conçus, permettra d’établir jusqu’à quel point le risque de démence peut réellement diminuer. Malgré cela, le signal de prévention précoce reste encourageant.

L’étude est publiée dans Le Journal de l’endocrinologie clinique et du métabolisme : https://academic.oup.com/jcem/advance-article/doi/10.1210/clinem/dgaf662/8425616.


Vous avez apprécié votre lecture ? Abonnez-vous à notre newsletter pour des articles captivants, du contenu exclusif et les dernières actualités.

Retrouvez-nous sur EarthSnap, une application gratuite proposée par Eric Ralls et Earth.com.


Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier!

Laisser un commentaire