L’obésité est aujourd’hui définie à partir de l’indice de masse corporelle (IMC). Celui-ci se calcule en divisant le poids (en kilogrammes) par le carré de la taille (en mètres). Chez les personnes d’ascendance européenne, on parle d’obésité à partir d’un IMC égal ou supérieur à 30 kg/m².
Pourtant, le risque pour la santé et le bien-être ne se résume pas au poids - et donc pas à l’IMC - pris isolément. Nous avons participé à une collaboration internationale qui, depuis deux ans, examine la manière dont cette approche devrait évoluer. Nous publions aujourd’hui notre proposition sur la façon dont l’obésité devrait être définie, ainsi que les raisons de ce changement.
Comme nous l’expliquons dans la revue Le Lancet, avoir une corpulence plus élevée ne devrait pas conduire automatiquement à un diagnostic d’« obésité clinique ». Ce diagnostic devrait plutôt dépendre de la quantité de graisse, de son emplacement dans le corps et de l’existence - ou non - de problèmes de santé associés.
Qu’est-ce qui ne va pas avec l’IMC ?
Le risque de maladie dépend de la proportion relative de graisse, d’os et de muscle qui constitue le poids d’une personne, ainsi que de la façon dont la graisse est répartie.
L’obésité est associée à de nombreuses maladies fréquentes, notamment le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, la stéatose hépatique et l’arthrose du genou.
Ainsi, des athlètes présentant une masse musculaire importante peuvent afficher un IMC élevé. Même si cet IMC dépasse 30 kg/m², leur poids plus important s’explique alors par un excès de muscle, et non par un excès de tissu adipeux.
Les personnes dont l’excès de tissu adipeux se concentre au niveau de la taille sont celles qui courent le plus grand risque de développer des complications liées à l’obésité.
La graisse située en profondeur dans l’abdomen et autour des organes internes peut libérer dans le sang des molécules délétères, susceptibles d’entraîner ensuite des troubles dans d’autres parties du corps.
Or, l’IMC à lui seul ne permet pas de savoir si une personne présente des problèmes de santé liés à un excès de graisse. Certaines personnes ont un excès de masse grasse sans dépasser un IMC de 30, et ne font donc pas l’objet d’examens pour dépister des problèmes associés à cet excès de graisse. Cela peut se produire chez une personne très grande, ou chez quelqu’un qui a tendance à stocker la graisse au niveau abdominal tout en restant d’un poids considéré comme « sain ».
À l’inverse, d’autres personnes - qui ne sont pas des athlètes - peuvent avoir un IMC élevé en raison d’un excès de graisse, sans pour autant présenter de problèmes de santé associés.
L’IMC reste donc un indicateur imparfait pour poser un diagnostic d’obésité.
Quelle est la nouvelle définition ?
L’objectif de la Commission Le Lancet Diabète & Endocrinologie sur la définition et le diagnostic de l’obésité clinique était d’élaborer une méthode pour mieux définir et diagnostiquer cette situation. Mise en place en 2022 et pilotée depuis le King’s College de Londres, la commission a réuni 56 spécialistes de différents aspects de l’obésité, y compris des personnes concernées par cette expérience.
La définition proposée et les nouveaux critères diagnostiques déplacent l’attention au-delà du seul IMC. Ils intègrent d’autres mesures, comme le tour de taille, afin de confirmer un excès de masse grasse ou une répartition défavorable pour la santé.
Nous distinguons deux catégories d’obésité, fondées sur des signes et symptômes objectivables d’une altération de l’état de santé due à un excès de graisse corporelle.
1. Obésité clinique
Une personne souffrant d’obésité clinique présente des signes et symptômes d’un dysfonctionnement d’organe persistant et/ou des difficultés dans les activités de la vie quotidienne (par exemple se laver, aller aux toilettes ou s’habiller).
On compte 18 critères diagnostiques d’obésité clinique chez l’adulte et 13 chez l’enfant et l’adolescent. Parmi eux figurent notamment :
- un essoufflement lié aux effets de l’obésité sur les poumons
- une insuffisance cardiaque induite par l’obésité
- une pression artérielle élevée
- une stéatose hépatique
- des anomalies osseuses et articulaires limitant les mouvements chez l’enfant.
2. Obésité préclinique
Une personne en situation d’obésité préclinique présente un niveau élevé de graisse corporelle, sans que cela ne provoque de maladie.
Dans l’obésité préclinique, il n’existe aucun signe d’altération du fonctionnement des tissus ou des organes imputable à l’obésité, et les activités quotidiennes peuvent être réalisées sans limitation.
Cependant, ces personnes ont en général un risque accru de développer des maladies telles que les maladies cardiovasculaires, certains cancers et le diabète de type 2.
Quelles conséquences pour le traitement de l’obésité ?
L’obésité clinique est une maladie qui nécessite un accès à des soins efficaces.
Chez les personnes présentant une obésité clinique, l’objectif des soins devrait être de réduire les problèmes de santé causés par l’obésité. Des options thérapeutiques fondées sur des preuves devraient être proposées après échange avec le professionnel de santé.
La prise en charge inclura le traitement des complications liées à l’obésité et pourra comprendre des interventions ciblant la diminution de la masse grasse, par exemple :
- un accompagnement au changement de comportements concernant l’alimentation, l’activité physique, le sommeil et l’usage des écrans
- des médicaments de prise en charge de l’obésité visant à réduire l’appétit, diminuer le poids et améliorer des paramètres de santé comme la glycémie (taux de sucre) et la pression artérielle
- une chirurgie bariatrique métabolique pour traiter l’obésité ou diminuer les complications de santé liées au poids.
Faut-il traiter l’obésité préclinique ?
Pour les personnes en obésité préclinique, les soins devraient viser la réduction des risques et la prévention des problèmes de santé liés à l’obésité.
Cela peut passer par un conseil en santé, incluant un soutien au changement des comportements, ainsi qu’un suivi au fil du temps.
Selon le niveau de risque individuel - par exemple les antécédents familiaux, l’importance de la masse grasse et son évolution - certaines personnes pourront choisir l’un des traitements de l’obésité mentionnés plus haut.
Séparer les personnes sans maladie de celles qui présentent déjà une atteinte durable permettra de personnaliser la prévention, la prise en charge et le traitement de l’obésité, tout en répartissant les ressources de manière plus appropriée et plus efficiente.
Et maintenant ?
Ces nouveaux critères de diagnostic de l’obésité clinique devront être intégrés aux recommandations de pratique clinique nationales et internationales, ainsi qu’à diverses stratégies de lutte contre l’obésité.
Une fois adoptés, il sera essentiel de former les professionnels de santé et les responsables de services, tout en informant le grand public.
Modifier le récit autour de l’obésité pourrait contribuer à corriger des idées reçues qui alimentent la stigmatisation, notamment les suppositions erronées sur l’état de santé des personnes ayant une corpulence plus importante. Mieux comprendre la biologie et les effets sanitaires de l’obésité devrait aussi permettre d’éviter que les personnes concernées soient tenues pour responsables de leur état.
Les personnes vivant avec une obésité ou ayant une corpulence plus importante devraient pouvoir attendre des évaluations et des conseils personnalisés, fondés sur des preuves, sans stigmatisation ni culpabilisation.
Louise Baur, professeure, discipline Santé de l’enfant et de l’adolescent, Université de Sydney ; John B. Dixon, professeur associé, Iverson Health Innovation Research Institute, Université de technologie Swinburne ; Priya Sumithran, responsable du groupe Obésité et médecine métabolique au département de chirurgie, School of Translational Medicine, Université Monash, et Wendy A. Brown, professeure et directrice, département de chirurgie de l’Université Monash, School of Translational Medicine, Alfred Health, Université Monash
Cet article est republié à partir de La Conversation dans le cadre d’une licence CC. Lire l’article original.
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